Le témoignage de Flavius Josèphe

L’auteur et son œuvre

Aristocrate né en 37 ou 38, fils du prêtre Matthias, Josèphe fut chargé en 66 de la défense de la Galilée lors de l’insurrection juive contre Rome. Seul rescapé d’un suicide collectif, il se rendit au général romain Vespasien et lui prédit qu’il deviendrait empereur. En 69, une fois libre, il accompagna son fils, le futur empereur Titus, qui assiégeait Jérusalem et servit d’intermédiaire entre les belligérants.

Après la chute du Temple en 70, il prit le nom de son protecteur (Flavius), s’établit à Rome et composa une importante œuvre littéraire, à la fois pour se défendre et pour répondre aux attaques contre le peuple juif qu’il ne renia jamais. Il mourut sans doute peu après l’an 100.

L’œuvre de Flavius Josèphe, totalement ignorée du judaïsme traditionnel, fut conservée par les chrétiens qui l’ont maintes fois recopiée et traduite. Elle reste, aujourd’hui encore malgré les découvertes de Qumran, notre principale source de connaissance du judaïsme à l’époque de Jésus.

Quatre ouvrages nous sont parvenus :

Pour répondre aux critiques contre Israël, Josèphe veut prouver l’ancienneté du peuple juif qu’il défend vigoureusement.

Flavius Josèphe, dont la personnalité et l’œuvre ont été longtemps méprisées ou rejetées, est mieux apprécié dans les études actuelles. A deux reprises, le nom de Jésus y est mentionné

Le passage sur Jacques

Le premier passage relate la transition en 62 entre deux gouverneurs romains (Festus remplacé par Albinus) et la destitution du grand prêtre Hanne, le beau-père de Caïphe (Jn 18,13) remplacé par son fils portant le même nom. C’est dans ce contexte qu’eut lieu le procès et la lapidation de Jacques, frère du Seigneur (une étude sur ce personnage sera bientôt disponible ), chef de la communauté chrétienne de Jérusalem. (cf. Ga 2,9 et Ac 15,13)

Antiquités Juives, XX,197-203

… « Hanne le jeune qui avait reçu le souverain pontificat, était de tempérament impétueux et suprêmement audacieux ; il appartenait au parti des sadducéens qui dans leurs jugements sont très durs parmi tous les juifs, comme nous l’avons déjà montré. Avec un tel [caractère], Hanne estima que le moment était venu, du fait que Festus était mort et qu’Albinus était encore en voyage. Il convoqua les juges du Sanhédrin et traduisit devant eux le frère de Jésus appelé le Christ – son nom était Jacques – en même temps que d’autres. Il les accusa d’avoir transgressé la Loi et les livra pour qu’ils soient décapités »…

Selon E.Doherty, le passage en gras serait une interpolation, c’est-à-dire un ajout par un copiste chrétien ultérieur qui l'aurait tiré d’un passage similaire de Matthieu (1,16).

De plus un troisième passage, perdu mais cité par Origène et par Eusèbe contiendrait la même expression et la même interpolation : « Jésus qu’on appelle le Christ «.

[EBIOR : cette information n’a pas pu être vérifiée : quelqu’un serait-il mieux renseigné ?]

Mais la thèse de l’interpolation est difficile à prouver et sans doute inutile. En effet, un copiste tardif n'aurait pas parlé de "frère" (la polémique sur les frères et les sœurs de Jésus remonte au IV ème siècle jusqu'à ce que saint Jérôme fasse triompher l'interprétation de "cousin" ) et n'aurait pas atténué l'identification de Jésus au Christ.

(cf. V.MASSORI, Hypothèses sur Jésus, p.202)

 Le Testimonium Flavianum

 C'est le nom traditionnel ( témoignage flavien) donné au passage suivant tiré d'Antiquités juives, XVIII, 63-64.

 Textes

Les passages discutés sont en gras

"Vers ces temps-là un homme sage est né, s'il faut l'appeler un homme. Il accomplissait notamment des actes étonnants et est devenu un maître pour des gens qui acceptaient la vérité avec enthousiasme. Et il est parvenu à convaincre beaucoup de juifs et de grecs. Le Christ c'était lui. Et quand, par suite de l'accusation de la part des gens notables parmi nous, il avait été condamné par Pilate à être crucifié, ceux qui l'avaient aimé dès le début n'ont pas cessé. Il leur est apparu le troisième jour de nouveau vivant selon les paroles des divins prophètes qui racontent ceci et mille autres merveilles à son sujet. Et jusqu'aujourd'hui le peuple qui s'appelle chrétien d'après lui n'a pas disparu." (Traduction d'Herman SOMERS)

Et vers ces temps-là une autre offense est venue provoquer une sédition des juifs."

"En ce temps-là vivait un sage nommé Jésus. Il se conduisait bien et était estimé pour sa vertu. Nombreux furent ceux, tant Juifs que gens d'autres nations, qui devinrent ses disciples. Pilate le condamna à être crucifié et à mourir. Mais ceux qui étaient devenus ses disciples ne cessèrent de suivre son enseignement. Ils racontèrent qu'il leur était apparu trois jours après sa crucifixion et qu'il était vivant. Peut-être était-il le Messie sur qui les prophètes ont raconté tant de merveilles."

"En ce temps-là, il y eut un homme sage du nom de Jésus s'il nous convient de l'appeler homme. Car il était l'auteur d'œuvres glorieuses et maître de vérité. Et de beaucoup parmi les Juifs et parmi les nations il fit ses disciples. On pensait qu'il était le Messie. Et non selon le témoignage des chefs de notre peuple. C'est pourquoi Pilate le livra au châtiment de la croix et il mourut. Et ceux donc qui l'aimaient ne cessèrent pas d'aimer. Il leur apparut au bout de trois jours, vivant. Car les prophètes de dieu avaient dit sur lui de telles merveilles. Et jusqu'à nos jours n'a pas cessé le peuple chrétien qui tire de lui son nom."

"A cette époque vécut Jésus, un homme exceptionnel, car il accomplissait des choses prodigieuses. Maître de gens qui étaient tout disposés à faire bon accueil aux doctrines de bon aloi, il se gagna beaucoup de monde parmi les Juifs et jusque parmi les Hellènes. Lorsque, sur la dénonciation de nos notables, Pilate l'eut condamné à la croix, ceux qui lui avaient donné leur affection au début ne cessèrent pas de l'aimer, parce qu'il leur était apparu le troisième jour, de nouveau vivant, comme les divins prophètes l'avaient déclaré, ainsi que mille autres merveilles à son sujet. De nos jours encore ne s'est pas tarie la lignée de ceux qu'à cause de lui on appelle chrétiens.

"Vers ces temps-là un homme sage est né, s'il faut l'appeler sage. Il accomplissait notamment des actes bizarres et est devenu un maître pour des gens qui l'acceptaient vraiment avec enthousiasme. Et il est parvenu à convaincre beaucoup de juifs et de grecs (que) lui-même était le Christ . Et c'est lui (justement) qui par suite de l'accusation de la part des gens notables parmi nous, avait été condamné par Pilate à être crucifié et ceux qui l'avaient aimé dès le début n'ont pas cessé (de prétendre : ) il leur était apparu le troisième jour de nouveau vivant, les divins prophètes ayant prétendu ceci et mille autres merveilles à son sujet. Et jusqu'aujourd'hui le (petit) peuple qui s'appelle chrétien d'après lui n'a pas disparu.

Et vers ces temps-là un autre scandale est venu perturber les juifs"

Commentaires

Le Testimonium Flavianum a vu son authenticité contestée dès le XVI ème siècle car Origène (185 - 255) affirme dans le Contra Celsum, 1, 47 que Josèphe n'était pas chrétien.

Or les expressions en gras du texte 1 (" s'il faut l'appeler un homme", "il était le Christ", "il leur apparut vivant") paraissent trop chrétiennes sous la plume d'un juif pratiquant comme Flavius Josèphe.

La discussion n'a pas cessé depuis et plusieurs opinons contradictoires ont été émises :

A ce sujet, les réflexions d'A.PAUL, Cahier Evangile n° 14, Intertestament, p 21 me paraissent pertinentes : " Il est impossible de reconstituer le texte primitif tel que Josèphe l'aurait rédigé. Plutôt que de considérer les recensions comme des variantes d'un seul et même texte dit ' primitif ', il convient de voir en chacune d'elles un texte différent".

La recherche est depuis trop longtemps bloquée par les notions parasites de texte primitif, d'authenticité et d'interpolation. Restons humbles devant les textes conservés et ne les récrivons pas à la place de l'auteur, comme "il aurait dû le faire !"

Le témoignage serait ainsi authentique, seulement corrompu involontairement. Josèphe n'affirmerait ni la messianité ni la divinité de Jésus. Au contraire, l'appréciation serait négative, opposant les affirmations de Jésus et de des disciples à l'opinion personnelle de Josèphe.

        Pour des renseignements supplémentaires, voir le site d'H.SOMERS 'flavius'  qui nécessite une bonne connaissance du grec ancien.

Auteur : Fernand LEMOINE

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Date : 26/12/05