la synagogue orthodoxe rencontre l'Eglise catholique romaine !

Un événement inédit, d'une portée considérable, vient de se dérouler à New York les lundi 21 et mardi 22 janvier 2004 à deux pas de l'espace, vide désormais, des deux tours du 11 septembre. Son impact, espérons-le, éclairera le nouveau millénaire qui s'ouvre devant nous.

Nous en avons longuement parlé à notre Session nationale de Paris, et nous avons évoqué ensemble ce qu'il représente pour les catholiques. Tous nos amis en ont été émerveillés.

Venant du monde entier, les plus hauts dignitaires juifs Gilles Bernheim, de la synagogue de la rue de la Victoire à Paris, Pinchas Goldschmidt, de Moscou, Meir Lau, ancien Grand Rabbin d'Israël, ou le docteur Israël Singer, directeur du Congrès juif mondial, ont rencontré une vingtaine de cardinaux et d'archevêques catholiques romains dont le Cardinal Jean-Marie Lustiger, le Cardinal Philippe Barbarin, Mgr Ricard, Président de la Conférence des évêques de France, archevêque de Bordeaux, le Cardinal Ivan Dias de Bombay (Inde), le Cardinal Alexandre do Nascimento de Luanda (Angola), plusieurs cardinaux américains, le Cardinal Mac Quellet de Québec, ou encore le Cardinal Christophe Schonborn, de Vienne. Le Cardinal Ratzinger, Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi à Rome, avait envoyé un message.

C'est la première fois qu'une telle entrevue, officielle celle-là, a lieu entre de si hauts responsables de l'Eglise et de la Synagogue. Nous devons en remercier Dieu quand on sait le contentieux terrible qui existe depuis tant de siècles entre nous. En fait, personne n'osait l'espérer.

C'était sans compter sur la miséricorde divine.

Un véritable miracle

De fait, le grand rabbin Gilles Bernheim, de retour à Paris, estime que "ces deux jours sans précédent à ce niveau de représentation sont intellectuellement très importants" : que des juifs et des chrétiens strictement orthodoxes échangent sur la question centrale "le premier commandement, la rigueur de la loi et ses implications", ouvre des perspectives incalculables pour le monde. Il ajoute que le niveau de représentation les a placés "à un haut degré d'exigence où chacun était garant des institutions qu'il représentait".

C'est là un véritable miracle. En réalité, il a été rendu possible grâce à l'action persévérante de Jean Paul II dont l'un des sommets a été le Jubilé qu'il a effectué à Jérusalem en l'an 2000.

Rappelez-vous. Il a rencontré les grands rabbins de Jérusalem et de New York (qui sont aux juifs ce que le Pape est pour les catholiques) pour leur dire que devant l'athéisme et le matérialisme qui submergent la planète, il fallait sauver la foi au vrai Dieu et à la Révélation. Il a demandé pardon pour les massacres perpétrés au cours de l'histoire (dont personne n'est fier), et, surtout, prié Dieu dans les grands lieux de pèlerinage chrétiens, mais aussi à Yad Vachem, le monument aux déportés, et au Mur des Lamentations.

Les juifs en ont été si bouleversés qu'ils ont saisi cette main tendue, et dès fin 2003, ont proposé cette réunion de New York.

La rencontre

Comme il a déjà été précisé, celle-ci s'est déroulée sur deux jours. Les cardinaux et archevêques ont tenu à y participer es qualité, c'est-à-dire en cardinaux (soutane, ceinture et calotte rouge) pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté.

Tous en ont été très heureux. Le Cardinal Lustiger raconte avec émotion la qualité de relations qui a régné à New York, notamment lors d'une visite qui a frappé tous les participants, celle de la Yeshiva University de New York.

Les étudiants y reçoivent à un haut niveau une formation profane et religieuse. Les visiteurs, évêques et cardinaux, en grande tenue, ont été introduits dans l'immense salle d'études du Talmud (l'un des livres saints des juifs). Sans complexes, les discussions théologiques se sont spontanément nouées entre les évêques et les étudiants, "saisissant et inimaginable, il y a encore 50 ans", a dit le Cardinal Lustiger. Je dirais même un an !

Pour lui, "cette ouverture de la part de milieux jusque là fermés à ce genre de relation est stupéfiante. Elle est certainement due à l'action de Jean Paul Il. Comme si les gestes du Pape avaient fait fondre la méfiance et rétabli la confiance à l'égard de l'Eglise catholique."

D'autres rencontres suivront.

Dieu a tout conduit. D'ailleurs la signature divine est là : la rencontre s'est déroulée pendant la semaine de l'unité, alors que l'Eglise entière était en prière.

La synagogue, pour la première fois, n'ignore plus l'Eglise catholique romaine, et la reconnaît comme interlocutrice. Qui aurait osé l'espérer, il y a peu de temps?

Assistons-nous au début de la réalisation de la prophétie de Saint Paul dans l'épître aux Romains, 11, 11-15 ?

"Si leur faux pas (des juifs) a procuré le salut aux païens, et a fait la richesse du monde, que ne fera pas la totalité retrouvée des deux peuples ? Car si leur mise à part (des juifs) fut à la base de la réconciliation avec le monde païen, que sera leur réadmission, sinon une résurrection ?"

Seul Dieu le sait. C'est un commencement. Certes, il y aura des hauts et des bas. Tout est dans Ses mains. Il est le Maître de l'Histoire. Mais nul doute que ce nouveau millénaire soit éclairé par de grands événements.

Que soit béni le Nom de Dieu, de siècle en siècle, qu'Il soit béni !

Auteur : Françoise Lucrot

Publié dans l'AFALE Magazine, n°288, février-mars 2004

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