La "difficulté à accepter le fait religieux dans l'espace public"
CITE DU VATICAN, Lundi 12 janvier 2004 (ZENIT.org)
Un autre aspect du discours de Jean-Paul II au corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège concerne la religion dans la société, et la "difficulté à accepter le fait religieux dans l'espace public", en particulier en Europe: laïcité n'est pas "laïcisme", et "distinction" ne veut pas dire "ignorance", souligne Jean-Paul II.
"Les communautés de croyants sont présentes dans toutes les sociétés et attendent légitimement de pouvoir participer au dialogue public, affirme le pape. Malheureusement, on doit observer qu'il n'en est pas toujours ainsi. On invoque souvent le principe de la laïcité, en soi légitime, s'il est compris comme la distinction entre la communauté politique et les religions. Mais distinction ne veut pas dire ignorance! La laïcité n'est pas le laïcisme. Les relations Eglise-Etat peuvent et doivent donner lieu, au contraire, à un dialogue respectueux, porteur d'expériences et de valeurs fécondes pour l'avenir d'une nation. Un sain dialogue entre l'Etat et les Eglises, qui ne sont pas concurrents mais partenaires, peut sans aucun doute favoriser le développement intégral de la personne humaine et l'harmonie de la société".
"La difficulté à accepter le fait religieux dans l'espace public s'est vérifiée de manière emblématique à l'occasion du récent débat sur les racines chrétiennes de l'Europe. Sans sous-estimer les autres traditions religieuses, il reste que l'Europe s'est affirmée en même temps qu'elle était évangélisée. Et l'on doit en toute justice se souvenir que les chrétiens, en promouvant la liberté et les Droits de l'Homme, ont contribué à la transformation pacifique de régimes autoritaires, ainsi qu'à la restauration de la démocratie en Europe centrale et orientale" concluait Jean-Paul II, dans ce discours annuel au corps diplomatique.
Article original dans ZENIT ZF04011205
Lettre du cardinal M. F. Pompedda à un journal italien
ROME, lundi 2 février 2004 (ZENIT.org)
Dans une lettre publiée jeudi dernier par le quotidien italien "Il Giornale", le cardinal Mario Francesco Pompedda explique que la conception de la laïcité en France risque de devenir une menace pour la liberté.
Le cardinal Pompedda est Préfet du Tribunal Suprême de la Signature Apostolique.
"Le principe de laïcité préparé par la commission présidée par Bernard Stasi et présenté ensuite à Jacques Chirac, écrit le cardinal Pompedda, saute aux yeux en raison d'une exaltation de la laïcité de l'Etat".
Il s'agit d'un "principe en soi important et que l'on peut partager", poursuit le cardinal mais il est présenté comme "une sorte de divinité qui doit dominer toute la vie en France".
Le principe de la laïcité "qui devrait être synonyme de liberté, devient ainsi un refus de libertés pour les personnes individuelles", écrit-il.
Le cardinal Pompedda estime que du rapport Stasi "émerge la conscience de l'échec d'une politique d'intégration de certaines communautés, en particulier des communautés musulmanes".
"Si le fait de mettre le voile, poursuit le cardinal Pompedda, est le fruit d'une imposition contre la volonté de la femme, l'Etat peut empêcher qu'elle le mette car la liberté personnelle de l'individu n'est pas respectée", "mais si la personne qui porte le voile veut le faire librement, l'Etat ne peut pas l'obliger à l'enlever".
Le préfet de la Signature Apostolique s'interroge : "En vertu de quoi l'Etat peut-il obliger les étudiants contre leur propre volonté, à ne pas porter un vêtement ou un symbole rappelant leur appartenance religieuse ?"
"En vertu de quoi, poursuit le cardinal Pompedda, peut-on imposer une tenue particulière à une fille, pour un cours d'éducation physique, si cela va contre ses convictions les plus profondes ?"
Après avoir expliqué que le concept de laïcité est selon lui beaucoup mieux expliqué par Jésus dans l'Evangile quand il dit "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu", le cardinal affirme que par la nouvelle loi française "on veut imposer la nouvelle religion du laïcisme".
"Si ce principe est accepté, estime le cardinal Pompedda, au lieu de sauvegarder la liberté, on la violera, en imposant des lois et des conceptions qui finissent par ôter à la personne le droit fondamental d'orienter sa propre vie selon sa conscience".
C'est cela qui préoccupe le pape, qui dans son récent discours au Corps Diplomatique, a bien expliqué que laïcité ne signifie pas laïcisme mais plutôt "un lieu de communication entre les différentes traditions spirituelles et la nation", a conclu le Préfet du Tribunal Suprême de la Signature Apostolique.
Article original dans ZENIT : ZF04020206
La liberté religieuse pour la liberté de conscience
CITE DU VATICAN, Vendredi 27 février 2004 (ZENIT.org)
Laïcisme, non !, laïcité, oui !, sans "remise en cause" des prérogatives de l'État, affirme Jean-Paul II qui aborde la question de la participation des chrétiens à la vie publique et de la présence visible de l'Eglise en France, c'est à dire de la liberté religieuse et de la liberté de conscience, dans ce 9e et dernier message de Jean-Paul II aux évêques de France dans le cadre de leurs visites ad limina.
"La participation des chrétiens à la vie publique, la présence visible de l'Église catholique et des autres confessions religieuses ne remettent nullement en cause le principe de la laïcité, ni les prérogatives de l'État", affirme Jean-Paul II.
Il précise: "Comme j'ai eu l'occasion de le rappeler lors des vœux au Corps diplomatique en janvier dernier, une laïcité bien comprise ne doit pas être confondue avec le laïcisme; elle ne peut non plus gommer les croyances personnelles et communautaires".
"Chercher à évacuer du champ social cette dimension importante de la vie des personnes et des peuples, ainsi que les signes qui la manifestent, serait contraire à une liberté bien comprise, insiste le pape. La liberté de culte ne peut se concevoir sans la liberté de pratiquer individuellement et collectivement sa religion, ni sans la liberté de l'Église".
"La religion ne peut pas être uniquement cantonnée dans la sphère du privé, au risque de nier tout ce qu'elle a de collectif dans sa vie propre et dans les actions sociales et caritatives qu'elle mène au sein même de la société envers toutes les personnes, sans distinction de croyances philosophiques ou religieuses", fait observer Jean-Paul II.
"Tout chrétien ou tout adepte d'une religion a le droit, dans la mesure où cela ne remet pas en cause la sécurité et la légitime autorité de l'État, d'être respecté dans ses convictions et dans ses pratiques, au nom de la liberté religieuse, qui est un des aspects fondamentaux de la liberté de conscience (cf. Déclaration sur la liberté religieuse, nn. 2-3)", rappelle le pape.
Pour éviter le "communautarisme", Jean-Paul II recommande l'enseignement du fait religieux à l'école et de l'histoire européenne: " Il importe, dit-il, que les jeunes puissent saisir la portée de la démarche religieuse dans l'existence personnelle et dans la vie sociale, qu'ils aient connaissance des traditions religieuses qu'ils rencontrent et qu'ils puissent lire avec bienveillance les symboles religieux et reconnaître les racines chrétiennes des cultures et de l'histoire européennes. Cela conduit à une reconnaissance respectueuse de l'autre et de ses croyances, à un dialogue positif, à un dépassement des communautarismes et à une meilleure entente sociale".
Jean-Paul II encourage l'attention des pasteurs aux relations avec l'Islam. " Votre pays comporte une forte présence de musulmans avec lesquels, constate le pape, par l'intermédiaire des responsables ou des communautés locales, vous vous attachez à entretenir de bonnes relations et à promouvoir le dialogue interreligieux, qui est, comme j'ai eu l'occasion de le dire, un dialogue de la vie".
Il met cependant en garde contre le "relativisme": "Un tel dialogue, insiste le pape, doit aussi raviver chez les chrétiens la conscience de leur foi et leur attachement à l'Église, car toute forme de relativisme ne pourrait que nuire gravement aux relations entre les religions".
"Il vous revient de poursuivre et d'intensifier, peut-être dans certains cas de manière plus institutionnelle, des relations avec l'Autorité civile et avec les différentes catégories d'élus de votre pays, dans les Parlements nationaux et européen, notamment avec les parlementaires catholiques, et avec les Institutions internationales", ajoute le pape.
A propos de la nonciature apostolique, il précise: "Je me réjouis des nouvelles formes de dialogue récemment établies entre le Saint-Siège et les Responsables de la Nation, pour régler des questions en suspens. De par sa mission propre, au nom du Saint-Siège, le Nonce apostolique est appelé à y participer activement et à suivre attentivement la vie de l'Église et sa situation dans la société".
Article original dans ZENIT : ZF04032704
Ad limina des évêques de Hollande : les défis actuels pour l'Eglise
CITE DU VATICAN, Mardi 9 mars 2004 (ZENIT.org)
La séparation entre Eglise et Etat ne veut pas dire séparation entre la vie et la religion, fait observer le cardinal Simonis, à propos de la situation de l'Eglise en Hollande aujourd'hui.
A l'occasion de leur visite ad limina, les évêques de Hollande ont en effet présenté un rapport sur l'état actuel de l'Eglise en Hollande - où 31 % de la population est de confession catholique - et les défis à relever. Le rapport des évêques fait le point sur la sécularisation de la société, et le manque de participation aux célébrations religieuses. Le cardinal Adrianus Johannes Simonis, archevêque d'Utrecht en parlait aujourd'hui au micro de Radio Vatican.
Pour ce qui est de principaux défis de l'Eglise aujourd'hui en Hollande, le cardinal Simonis souligne comme "point névralgique" le fait que "la religion est "privatisée"."
"Il y a dans notre pays l'idée que l'Etat, le gouvernement, doivent être absolument neutres parce qu'il y a séparation entre l'Etat et l'Eglise. Mais c'est un point de vue erroné parce que la séparation entre l'Etat et l'Eglise ne veut pas dire la séparation entre la vie et la religion. C'est un point difficile à comprendre dans une société sécularisée, et nous, les évêques, nous faisons tout ce qui est possible, même dans les contacts avec les partis politiques, pour changer cette mentalité".
"Je pense que le rapport est très réaliste, observait par ailleurs le cardinal Simonis. Il y a une diminution de la présence active des fidèles dans les églises, et dans les villes c'est pire encore. Nous voyons les conséquences de la sécularisation, surtout chez les jeunes. Un autre constat est que nous avons une Eglise avec beaucoup de personnes engagée, les "bénévoles" qui font beaucoup pour l'Eglise et pour la catéchèse, la liturgie dans les paroisses. La "polarisation" que nous avons eue pendant 20 ou 30 années est maintenant plus ou moins finie: il y a plus d'unité. Et pas seulement dans l'Eglise, mais dans le pays. Même les jeunes de la nouvelle génération sont beaucoup plus ouverts à la foi, aux choses religieuses, il n'y a plus cette vieille hostilité vis à vis de l'Eglise. Même s'ils ne sont pas très pratiquants, nous sommes confiants. Nous savons qu'en tant qu'Eglise nous devons devenir de plus en plus missionnaires. Nous devons faire nôtre l'invitation du saint-Père en l'An 2000: Duc in altum!"
Article original dans ZENIT : ZF04030905
Voir seconde partie