Les lieux de la persécution antichrétienne (II)

par Thomas  Grimaux

« Rapport 2005 des persécutions antichrétiennes dans le monde », Ed. de l’AED

ROME, Mercredi 8 mars 2006 (ZENIT.org)

Du vandalisme, sous toutes ses formes, aux attaques dans la presse, la « persécution » anti-chrétienne a aussi des visages moins « violents », mais non moins réels, souligne en substance Thomas Grimaux, auteur du « Rapport 2005 des persécutions antichrétiennes dans le monde », publié par l’A.E.D. (Aide à l’Eglise en Détresse).

Il présente aux lecteurs de Zenit les clefs de son enquête sur « l'état actuel de la persécution antichrétienne » dans le monde. Il précise les causes et les formes de la « persécution » ainsi que les pays où elle se manifeste. Nous publions ci-dessous la suite de cet entretien.

Zenit : Mais dans nos pays occidentaux, la persécution est-elle le seul fait de cette anticulture de mort ?

T. Grimaux : Non, vous avez raison. Les causes sont multiples. En voici une liste qui me semble complète :

- vandalisme ‘bête et méchant’, commun à toutes les époques depuis la plus haute antiquité semble-t-il, puisqu’on trouve des tags sur des pyramides égyptiennes. Ou de l'adolescent qui brise les vitraux en jouant au lance-pierre (et ça, enfants, nous l'avons tous un peu fait ou nous avons tous mis de l'encre dans le bénitier de la paroisse…).

- vandalisme et profanation sataniques (ici, il suffit de se reporter aux cas cités pour la France). A ce sujet notons juste que police, gendarmerie et justice semblent être de plus en plus inquiètes de la proportion prise par le satanisme, avec son lot de prostitution, drogue, suicide et meurtre.

- vandalisme des ‘paumés’ (drogue mais aussi actes de déséquilibrés : assassinat de Frère Roger, assassinat du Père belge De Leener, agression à Chalon sur Saône, etc.)

- vol organisé (mafias et autres groupes trafiquants d'art : vols dans les églises, chapelles, vols de croix d'autel, de calvaires anciens…)

- effet pervers de la liberté de conscience et religieuse : la prolifération de groupes islamistes, sataniques, bouddhistes fanatiques et autres activistes (comme d'ailleurs des groupes de pression ‘gay’ qui agressent le recteur de la cathédrale de Paris).

- effet pervers de la créativité artistique dont l'exemple type est la caricature ignoble du nouveau Pape Benoît XVI, présenté par les Guignols de l'Info comme un nouvel Hitler.

- effet pervers de la liberté de la presse qui ne cesse d’attaquer les catholiques (pas les orthodoxes ni les protestants, ni les juifs ni les musulmans) en dénaturant et caricaturant le message de l'Eglise (elle serait ainsi, pour certains, le principal propagateur du SIDA quant elle ne fait que promouvoir la fidélité et quand c’est elle qui soigne les personnes infectées dans de très nombreux lieux).

Zenit : Après cette présentation, quelles sont les zones géographiques de persécution ?

T. Grimaux : Nous pouvons dessiner grossièrement une carte géographique des persécutions antichrétiennes à travers le monde, continent par continent.

Zenit : Quelles sont les perspectives ?

T. Grimaux : Devant tant de faits et d'actes, on pourrait être tenté de croire que tout va mal et que tout ira en empirant. Certes, ici ou là, les choses vont continuer à se dégrader mais, en même temps, il ne faut pas oublier que de nombreux pays connaissent une situation bonne et que, dans d'autres, les persécutions diminuent et laissent entrevoir un réel espoir pour demain.

Zenit : Existe-t-il des pays où les choses vont bien ?

T. Grimaux : Oui, sur les cinq continents, il y a des pays où l'on ne dénombre pas ou très peu d'actes antichrétiens - ce qui montre bien que la persécution à tel endroit n'est pas une fatalité mais dépend toujours du cœur de l'homme. Il existe un trait commun à presque tous ces pays : ils sont majoritairement ou ultra majoritairement peuplés de catholiques ou de chrétiens.

Concrètement, c'est en Océanie où ces pays existent le plus, comme en Australie, même avec le début des récents heurts entre musulmans et chrétiens ou avec la pénétration de l'esprit séculariste dans toutes les couches de la population. Ou dans les pays tels le Kiribati (94% de chrétiens), les Îles Marshall (97%), la Micronésie (93%), la Nouvelle Zélande (85%), la Papouasie Nouvelle Guinée (95%), les Îles Salomon (95%), les Îles Samoa (96%), Tonga (92%)…

Zenit : Et en Afrique ?

T. Grimaux : Idem en Afrique, avec le Cap Vert (95% de chrétiens), le Gabon (91%), la Gambie (87%), le Lesotho (91%), le Swaziland (87%)… Mais aussi - et c'est un fait à noter - le Mali qui ne comprend que 2% de chrétiens.

En Asie, il y a le Timor Est (92% de chrétiens), mais aussi Taiwan (6%) et la Mongolie (1%). D'aucuns d'ailleurs citent ce dernier pays comme un exemple de coexistence pacifique entre différentes philosophies et religions (40% d'agnostiques, 30% d'animistes, 22% de bouddhistes, 5% de musulmans et quelques chrétiens). Nous croyons que c'est une vue de l'esprit car si les persécutions n'y existent pas, c'est sans doute à cause de la densité de la population : le pays est étendu sur 1,5 million de km2, soit trois fois plus que la France, pour seulement… 2,4 millions d'habitants, soit trente fois moins qu'en France. Autant dire qu'on ne dérange pas son voisin.

Mais, en Asie, il faut également souligner le cas des pays producteurs de pétrole que sont le Bahreïn (10% de chrétiens), les Émirats Arabes Unis (11%), le Koweït (13%) et Oman (5%). Aux Émirats Arabes Unis d'ailleurs, pour la première fois même, le gouvernement a autorisé, mi 2005, la construction d'une église orthodoxe sur son sol ! C'est dire que, malgré la présence proche de l'Arabie Saoudite, on peut trouver des pays où la coexistence se vit au quotidien. Ceci étant dit, la présence chrétienne de ces micros États est d'origine expatriée, de passage, à forte valeur ajoutée et répond à une demande explicite des gouvernements. Cette liberté religieuse existera-t-elle toujours après les forages ?

Pour le continent américain, pas de problème majeur à Barbade (97% de chrétiens), au Costa Rica (97%), à Domingue (95%), en Équateur (98%), au Panama (88%) ou au Pérou (97%), etc.

En Europe, ce sont surtout des ‘petits pays’ qui méritent un bon point : Andorre (93% de chrétiens), Islande (97%), Lettonie (67%), Liechtenstein (93%), Luxembourg (94%), San Marin (92%), Malte (98%) et Monaco (93%). Mais il y a encore des pays comme la Bulgarie (82%), l’Islande (87%), la Norvège (86%), l’Autriche (83%), le Danemark (95%), l’Estonie et la Lettonie (de culture chrétienne même si la majorité des habitants semble se dire athée), la Finlande (90%), le Luxembourg (87%), la Slovaquie (80%), la Slovénie (60% de catholiques) et la Suède (90%).

Zenit : Pouvez-vous ici nous parler des pays où la situation se dégrade ?

T. Grimaux : Outre les pays d'Europe (France, Belgique, Angleterre, Allemagne, Suisse…), le Canada et les États-unis voient la culture de mort grandir et imprégner de plus en plus la population. Idem de certains pays de l'Est. On constate aussi un embrasement dû à l'islamisme. En Égypte (mais il est vrai que chaque décennie apporte son lot d'attentats islamistes - il suffit de se souvenir des années 90), au Bengladesh (environ 450 attentats d'origine islamiste), au Cameroun (conversions forcées), en Irak (avec un chiisme qui attend son heure et les anciens de Saddam Hussein qui optent pour le terrorisme pur et simple, également au détriment des chrétiens), au Nigeria (où presque tous les États du nord applique la charia), au Pakistan (attaques en règle d'églises), en Tanzanie (principalement à Zanzibar), au Tchad (conversions forcées), en Terre Sainte (où les problèmes sont aussi le fait d'extrémistes sionistes), en Turquie (où les déclarations se succèdent aux déclarations mais où les persécutions continuent ou s'aggravent).

Enfin, rappelons les cas de l'Inde (selon les États et les forces fanatiques hindoues en présence, les persécutions sont de plus en plus violentes ou quasi inexistantes), de la Jamaïque (avec cet acte ponctuel d'assassinat de deux missionnaires en octobre 2005), du Mexique (avec l’assassinat de deux prêtres), du Népal (avec sa rébellion marxiste), de la République Démocratique du Congo (avec son lot de vandalisme), de la Roumanie (où l'Eglise subit une augmentation d'actes malveillants), de la Russie (où à la période communiste, suit une haine contre les catholiques favorisée par une minorité importante de députés), du Sénégal (où l'attitude du Président Wade pose de plus en plus de questions), du Sri Lanka (avec les lois anti-conversions), du Turkménistan (où les restrictions apportées à l'Eglise catholique réserve le ministère des prêtres aux seuls expatriés), du Venezuela (où le Président Chavez se réfère à Che Guevara).

Zenit : Des pays où pointe l'espoir ?

T. Grimaux : Heureusement, certains pays de persécutions voient les exactions commises régresser significativement. Nous pensons d'abord et tout naturellement au Soudan (avec les accords de paix qui reconnaissent, pour la première fois, l'existence de la religion chrétienne), puis au Liban (où, paradoxalement, l'assassinat de chrétiens comme Hariri, ont permis aux Libanais de faire partir les syriens même si les attentats redoublent depuis, semble-t-il via Damas qui veut montrer qu'il est le seul à pouvoir imposer la paix au pays des Cèdres). Mais encore à la Chine (bien que l'analyse des tendances y soit particulièrement délicate), ou à Cuba (qui n'attend plus que la fin du règne de Castro).

Méritent une mention particulière, l'Albanie (ouverture d'une université catholique au nom de Mère Teresa), l'Azerbaïdjan, la Bosnie-Herzégovine (les destructions systématiques d'églises en 2004 ne se reproduisent plus), le Burundi (grâce au cessez-le-feu, inspiré par l'Eglise, qui réunit presque toutes les composantes armées du pays), la Côte d'Ivoire (où la force internationale a stoppé les combats même s'ils peuvent reprendre d'un jour à l'autre), l’Éthiopie (avec la première église catholique consacrée depuis 450 ans), l'Indonésie (où la situation, même encore très critique en certains endroits, est quand même meilleure qu'il y a quelques années), la Mongolie, le Mozambique, les Philippines (où la rébellion islamiste semble circonscrite à une zone toujours plus petite), la Pologne (avec son nouveau gouvernement qui entend permettre à l'Eglise de retrouver sa place, et clore ainsi le chapitre communiste de son histoire), l'Ukraine.

Zenit : Une conclusion ?

T. Grimaux : Une conclusion signifie un terme. Or, il n'y a pas de terme, de fin à ces persécutions.

D'une part, parce que l'Eglise a toujours été persécutée, à l'instar de son Chef, et qu'il est donc compréhensible - au plan de la théologie catholique - que les fidèles soient à leur tour emprisonnés, spoliés ou assassinés. Et tant que le monde sera monde, il y aura persécution antichrétienne, persécution contre le ‘sel de la terre’, contre les disciples du signe de contradiction. Mais nous savons, avec Tertullien et Jean-Paul II, que « le martyr est semence de chrétiens ». Dès lors, la persécution, si elle est affreuse, est une ‘felix culpa’. Malheur à celui qui la pratique mais il était nécessaire qu'elle fut, pourrions-nous écrire comme Notre Seigneur Jésus Christ l'a dit de la trahison de Judas.

Ainsi, une première conclusion serait qu'il y aura toujours des persécutions et que chaque année, malheureusement, nous devrons actualiser ce livre. Mais alors, pourquoi en parler ? Nous avons juste tenter, dans ces quelques pages, de répondre à la mission d'information de l'Aide à l'Eglise en Détresse. Non pour faire pleurer, non pour attiser à notre tour la haine, non pour déranger ceux qui refusent de parler de ces réalités ; mais bien pour inviter à la prière.

La prière d'action de grâce à Dieu, qui donne la force et le courage à des centaines de milliers ou millions de catholiques de proclamer la Foi en la Sainte Trinité salvatrice, reconnaissant avec saint Thomas d'Aquin que « Parmi tous les actes de vertu, le martyr est celui qui manifeste au plus haut degré la perfection de la charité. » (Somme Théologique II, IIae, 124).

Prière d’admiration de ces Témoins et, à travers eux, de Celui par et pour qui ils témoignent. Prière pour se mettre droit devant notre Créateur, et regarder, si nous, vous et moi, modestement à notre place, sommes des Saül ou des Saint Paul ?

Et prière pour ne pas oublier que Saint Paul fut d'abord un persécuteur. Prière donc pour ceux qui persécutent, même si cela est au-dessus des forces purement humaines. Surtout si cela est au-dessus des forces purement humaines. C'est-à-dire surtout si cela ne peut être fait que par un mouvement de la grâce. De la grâce qui est Dieu.

Mais encore, prière pour implorer ce même Dieu de conforter justement ces martyrs durant leurs épreuves.

Zenit : Un dernier mot ?

T. Grimaux : Informer pour prier. Prier pour agir.

Article original paru dans ZENIT :  ZF06030908