Notre-Dame de Kazan est revenue à Moscou

Notre-Dame de Kazan, l'une des icônes les plus vénérées des Russes, a retrouvé la Russie le samedi 28 août 2004.

L'icône miraculeuse de la Mère de Dieu de Kazan représente Marie avec ce regard si triste des Vierges russes serrant tendrement l'Enfant Jésus contre elle. Elle était auparavant recouverte d'une oklad - cette carapace d'or ou d'argent - et ornée de pierreries de grand prix. Elle avait la réputation de rendre la vue aux aveugles qui lui offraient, en reconnaissance, des émeraudes parfaitement pures.

Le dernier acte politique du tzar Nicolas II, en 1918, fut de lui consacrer son empire. Il fut arrêté quelques jours après et, sur l'ordre de Trotski, exécuté ainsi que toute sa famille.

L'icône de Kazan disparut dans les horreurs de la Révolution russe. Beaucoup pensèrent qu'elle avait brûlé dans les grands autodafés d'icônes et d'images saintes de cette période.

En 1965, on apprit qu'elle était en vente chez un grand antiquaire de New-York, sans son oklad et très abîmée. Le prix qu'il en demandait, 500.000 dollars, était fabuleux pour l'époque. Le gouvernement soviétique était sur les rangs. Finalement ce sont les Russes de la diaspora qui s'entendirent pour la racheter et la faire restaurer.

Où la mettre ? Certains estimèrent qu'elle devait être placée à Fatima, en raison des prophéties prononcées par Notre Dame de Fatima en faveur de la Russie.

J'ai pu la vénérer à la Domus Pacis à Fatima, dans la chambre blindée de la chapelle qui lui est dédiée. De nombreuses émeraudes ornaient déjà l'oklad et la recouvrait à nouveau. Elle fut offerte à Jean Paul II lors de son récent pèlerinage dans ce lieu sanctifié par les apparitions de Marie.

L'Icône de la Mère de Dieu revient à Moscou. Depuis le changement de régime, les Russes espéraient son retour. Jean Paul II comptait l'apporter avec lui lorsqu'il irait à Moscou comme il le souhaitait. L'invitation se faisant attendre, le Pape a chargé récemment son légat, le Cardinal Walter Kasper, Président pour l'Unité des chrétiens, de la remettre aux Russes ce 28 août, en la fête de la Dormition de la Vierge.

Une longue cérémonie où la riche liturgie orthodoxe s'est déployée dans le cadre grandiose de la Cathédrale de la Dormition au Kremlin a eu lieu ce samedi pour la plus grande joie des Russes qui considèrent ce retour comme un don du ciel !

Quel signe, le Seigneur ne nous donne-t-Il pas là ? Qui eut annoncé ce miracle il y a environ 15 ans serait passé pour un "doux dingue" !

Certes. Les difficultés que le Patriarche Alexis Il ne cesse de raviver entre le Patriarcat de Moscou et le Vatican demeurent. Son principal grief contre l'Eglise catholique est une accusation de prosélytisme : "Il n'y a pas de place en Russie pour l'Eglise catholique !", aime-t-il proclamer.

Le prosélytisme qui nous est reproché consiste dans le fait que les peuples catholiques polonais, ukrainiens et autres déportés par Staline en Russie et en Sibérie, il y a 50 ans, refusent de devenir orthodoxes, entendent rester catholiques et avoir un clergé catholique. Or, pour le Patriarche, tous les habitants de la grande Russie, même ceux qui sont catholiques depuis plusieurs générations doivent être orthodoxes. Ce qui paraît aux occidentaux que nous sommes bien légitime. Les Russes émigrés dans nos pays ne sont-ils pas restés orthodoxes sous la houlette d'un clergé orthodoxe ?

Autrement dit l'unité de l'Église catholique avec l'orthodoxie russe apparaît bien lointaine, la situation semble bloquée.

Et pourtant, une lueur semble poindre à l'horizon car "rien n'est impossible à Dieu". En effet, le journal La Croix du 1er septembre 2004 titre :

Alexis II remercie le Pape pour l'icône de Kazan

Dans un message, le patriarche orthodoxe Alexis II de Moscou a "remercié de tout cœur" Jean Paul II pour le retour de l'icône de la Mère de Dieu de Kazan. "Puisse cet événement devenir notre contribution commune au dépassement des conséquences négatives d'une histoire du XXe siècle marquée par une persécution sans précédent contre la foi du Christ". Et il ajoute : "L'ouverture de relations entre chrétiens de différentes confessions présuppose le respect des uns des autres, la connaissance de leur histoire et de leur sensibilité dans toute action menée dans les territoires où les autres traditions chrétiennes ont existé depuis des siècles".

La Mère de Dieu de Kazan est à l'œuvre en Russie!

Paru dans l'AFALE Magazine, n° 293 , septembre 2004