par le cardinal Lustiger
ROME, Dimanche 17 avril 2005 (ZENIT.org)
Trois signes peuvent faire comprendre le sens du « conclave », explique le cardinal Lustiger. Ils sont voulus par Jean-Paul II dans sa constitution apostolique « Universi Dominici Gregis » (« Le pasteur de tout le troupeau du Seigneur »), sur la vacance du siège apostolique et l’élection du pontife romain. Ces signes sont :
Autant de signes pour aider les cardinaux à « trouver ce que Dieu attend » d’eux.
Le cardinal Jean-Marie Lustiger, titulaire de l’église Saint-Louis des Français, a célébré la messe dimanche matin dans cette église romaine dont il est d’une certaine façon le « curé » et il a invité les fidèles à prier pour l’élection du successeur de Pierre. Il a lancé, à la fin de la messe cette ultime recommandation : « Ne nous lâchez pas ! ». Le conclave, c’est « l’Eglise entière qui intercède auprès de Dieu », a-t-il dit.
Leur douze réunions préparatoires - les « congrégations » - achevées, les cardinaux présents à Rome ont en effet décidé de célébrer la messe ce dimanche dans les églises qui leur ont été attribuées pour « inviter les fidèles à prier pour le conclave », a précisé dans son homélie le cardinal Lustiger, archevêque émérite de Paris. Les « titres » des cardinaux soulignent en effet leur lien avec l’Eglise de Rome.
Il invitait les fidèles présents à être unis à la « supplication de l’Eglise entière » pour que l’Esprit Saint « inspire » les Pères qui entrent en conclave demain, 18 avril, rappelons-le par la messe « pro eligendo pontefice », le matin, à Saint-Pierre, et à 16 h 30 par la procession d’entrée à la chapelle Sixtine.
Ces célébrations liturgiques seront retransmises en directes jusqu’au « extra omnes » (« tous dehors »), qui précède la fermeture de la porte de la chapelle pour les scrutins secrets des cardinaux, ce qui garantit leur liberté face à toute influence extérieure.
En ce dimanche dit « du Bon Pasteur », le cardinal a demandé à l’assemblée une « faveur », celle de relire le chapitre 10 de l’Evangile selon saint Jean, dont la liturgie n’offre que le premier tiers : « Il n’est pas long, Jésus développe ce thème ». Il expliquait que Jésus y présente « le vrai Berger » et qu’il faut entendre, recevoir, méditer cet évangile. Pour le comprendre, il faut le « lire tout entier », expliquait le cardinal, car « Jésus reprend les éléments de cette petite histoire et développe très librement cette image. Il est lui-même la « Porte » et il est le « Berger ». » Il invitait à ne pas chercher de « cohérence totale », parce que « le Seigneur est libre », et qu’il développe cette image « comme un poète ».
Et d’expliquer : « Jésus dit qu’il est lui-même le vrai Berger qui est entré par la porte, sans escalader comme le voleur et le brigand ». « La porte, continuait l’archevêque, c’est le baptême de Jean, et c’est sa Passion », ainsi, « si nous entrons, si nous le suivons, nous aurons la vie ».
Mais surtout, le cardinal Lustiger s’est attaché à faire comprendre le sens de ces jours de conclave, le rôle de la prière du peuple de Dieu et des cardinaux en vue de l’élection du futur pape, successeur de Jean-Paul II.
Il affirmait d’emblée, à la lumière de l’Evangile de ce jour, qu’il ne s’agit pas de choisir un « pasteur à la place du Christ » : « C’est Jésus, le Bon Pasteur ». Dans l’Evangile de Jean, le Christ ressuscité demande en effet à Pierre, toujours selon saint Jean : « Pierre m’aimes-tu ? » La réponse est « Fais paître, soigne, occupe-toi de « mes » brebis », rappelle le cardinal Lustiger qui souligne la beauté de cette image « magnifique » du troupeau fréquente chez les « Prophètes » et que « Jésus reprend », et que « le troupeau va là où le pasteur se trouve : là où Jésus nous conduit, là est la vie en plénitude ».
Que doivent donc faire les cardinaux ? « Faire ce que Jésus fait quand il appelle les Douze », pour élire « celui qui sera le successeur de Pierre ».
Le cardinal soulignait combien la constitution apostolique a prévu le « détail » de ce que les cardinaux « doivent alors faire » pour élire le « pasteur du troupeau du Seigneur », qui est « l’évêque de Rome ». Il avoue lui-même ne pas avoir écouté ni radio ni télévisions ni lu les journaux, volontairement, depuis huit jours, pour « entrer dans l’esprit de ce que cette constitution nous demande ».
Les détails de ce texte montrent, souligne le cardinal, qu’il ne s’agit pas d’une élection au sens de l’élection d’un chef, d’un responsable politique ou économique, qui est choisi sur son programme, et entre différents candidats, ce qui fait que dans ce cas, « quelqu’un l’emporte sur l’autre », il y a « poly-polarité ou bi-polarité », et élection à la majorité plus une voix. Il faut accepter la règle du jeu, il y a un vainqueur et un vaincu. Il y a un arbitrage « en fonction rapport de forces ».
Or, le cardinal Lustiger cite trois éléments de la constitution qui manifeste combien l’élection de l’évêque de Rome s’inscrit dans un contexte différent, répond à des critères qui ne sont pas ceux de la « lutte » (« légitime ») de la vie politique.
Tout d’abord, le fait que l’élection requière les deux tiers des suffrages pendant les 32 premiers tours de scrutins. Il s’agit d’un « processus de l’Eglise qui ne vise pas un consensus fondé sur des compromis » mais à « trouver ce que Dieu attend de nous dans la désignation de quelqu’un ». C’est la « communion », explique toujours le cardinal Lustiger, que cette précision « met en évidence ». Il s’agit, pour les « conclavistes » (« conclavisti », comme on les appelle en italien), de « reconnaître que celui pour qui nous votons est celui que nous jugeons le plus apte à servir Dieu en veillant sur le troupeau du Christ ».
C’est ainsi que la constitution apporte un « luxe de précisions pour préserver les cardinaux de toutes les pressions extérieures », insiste le cardinal, comme le fait que le bulletin, anonyme, où chacun inscrit le nom de celui qu’il veut comme pape, est ensuite brûlé. Ou comme le serment fait à haute voix : « Je prends à témoin le Christ Seigneur, qui me jugera, que je donne ma voix à celui que, selon Dieu, je juge devoir être élu ».
Au moment de cet acte concret de voter, commente le cardinal Lustiger, « il nous est demandé de nous mettre devant Dieu, sans aucun autre calcul, mais avec cette conviction intime ».
Le deuxième élément mis en valeur par le cardinal Lustiger est le lieu défini par Jean-Paul II pour toute élection de l’évêque de Rome : la chapelle Sixtine. Cela devient « obligatoire » avec cette constitution de 1996. C’est-à-dire, précise-il, que les cardinaux ont sous les yeux la fresque du Jugement dernier de Michel Ange, « comme pour rappeler à chacun la réalité de ce que nous sommes en train de faire ».
Troisième élément : le texte précise que pendant ces opérations de vote – 4 scrutins par jour avec un dépouillement scrupuleux - , les cardinaux sont en « habit de chœur », c’est-à-dire qu’il s’agit d’une « célébration liturgique ». Ils revêtent leur soutane rouge et le surplis : « Nous sommes dans une liturgie », insiste le cardinal Lustiger.
Il ajoute : « La vie cloîtrée que nous allons mener est une vie de prière et de silence. Nos échanges doivent tous être faits dans cette lumière ».
Le cardinaux font alors, souligne l’archevêque, ce que les Onze ont dû faire pour désigner Matthias dans les Actes des Apôtres ». Ils ont commencé « par une prière », choisissent des personnes qui ont été « témoins de la vie du Seigneur » et opèrent un tirage au sort.
Pourquoi prier pour un nom ?, interroge le cardinal Lustiger. « Parce que cela ne repose pas seulement sur nous ». Mais « nous n’attendons pas une illumination ou une vision – même si rien n’interdit au Seigneur de faire ce qu’Il veut- », « nous lui demandons de purifier notre intelligence de tout intérêt qui puisse obscurcir notre esprit, pour que nous puissions voir celui que Dieu voudra désigner : c’est nous qui votons, en toute conscience devant Dieu, il faut que les rumeurs, les bruits, les commentaires, soient purifiés par la volonté d’être disponibles à la vérité de Dieu ».
Or, ajoute le cardinal Lustiger, « cela dépend de la prière de toute l’Eglise, nous ne sommes que mandatés pour faire cet acte. Mais c’est l’Eglise entière qui intercède auprès de Dieu ».
Il précise : « Il ne faut pas se fier aux apparences, ni même au talent, il ne s’agit de rien d’autre que de la conviction intime ».
Et de citer les résultats d’élections précédentes, contre prédictions et prévisions : Jean XXIII devait être un pape « de transition », il a convoqué Vatican II, une chose qu’on ne pouvait pas imaginer. On n’avait pas non plus prévu, faisait observer le cardinal Lustiger, que Jean-Paul Ier allait être rappelé par le Seigneur après 33 jours. Et de Jean-Paul II nul ne savait « quel homme il allait être et comment il allait déployer les talents donnés par Dieu dans une vie si longue et si dramatique ».
C’est ainsi, souligne-t-il, que « Dieu inscrit dans la vie humaine une histoire sainte », dans la « liberté de l’offrande » de soi de qui « s’en remet à la puissance de Dieu » pour cette « tâche immense, surhumaine ».
Article original dans ZENIT ZF05041705
ROME, Lundi 18 avril 2005 (ZENIT.org)
Le Jugement dernier - Jean-Paul II l’a voulu - s’impose aux yeux de l’assemblée des cardinaux en conclave, dès qu’ils franchissent le seuil sacré, orné des mosaïques en volutes cosmatesques.
Les douze tables sont disposées le long de la Sixtine, sur deux rang à droite, au nord, et deux rang à gauche, au sud : c’est la disposition d’un véritable chœur liturgique, devant les fresques représentant en parallèle au sud des scènes de la vie de Moïse et au nord, du côté de la tribune, de la vie de Jésus.
En entrant, les cardinaux ont accédé à ce chœur rehaussé au sol tapissé de moquette marron clair, par une rampe d’une dizaine de mètres, qui s’élève depuis le narthex de la Sixtine vers le chœur.
Puis ils sont passés de part et d’autre du lutrin où le diacre a déposé l’Evangéliaire où les cardinaux ont ensuite juré le secret. L’Evangile trône ainsi au milieu des cardinaux comme la présence visible du Christ, Verbe de Dieu fait chair : on pense à cette image du concile Vatican II.
Au fond, sur l’autel, un grand crucifix de bois dont le flanc laisse jaillir le sang. De part et d’autre trois grands candélabres aux six cierges allumés. Trois chaises de bois tapissées couleur marron glacé comme les tables,- couronnées de rouge – pour le doyen du collège des cardinaux, qui présidait la célébration revêtu d’une étole rouge et or, et à sa droite Mgr Piero Marini, Maître des célébrations liturgiques pontificales, et Mgr Franco Camaldo, cérémoniaire.
A sa place, chaque cardinal a trouvé le rituel liturgique vert pour le conclave, l’« Ordo rituum conclavis », en latin et en italien, la constitution apostolique de Jean-Paul II pour la vacance du siège apostolique et l’élection du pontife romain de 1996, « Universi Dominici Gregis », un sous-main de la même pourpre cardinalice, un bréviaire et son nom sur un bristol blanc.
En entrant dans la chapelle Sixtine, les cardinaux ont trouvé à leur droite l’orgue suisse amovible offert à la Sixtine en l’an 2000 par le Lichtenstein et dû à un facteur d’orgue suisse.
A gauche ils ont trouvé le poêle qui a vu quatre conclaves depuis 1939 : la date est inscrite dans la fonte de ce cylindre d’un mètre de haut, car il a été utilisé pour la première fois pour l’élection du successeur de Pie XI, en mars 1939. C’est là que sont brûlés les bulletins après le dépouillement de chaque scrutin : ils sont introduits dans l’ouverture supérieure, tandis qu’en dessous une autre ouverture sert à allumer le feu. Il a été utilisé en octobre 1958, pour élire le successeur de Pie XII, Jean XXIII, en juin 1963 pour élire son successeur, Paul VI, en août 1978, pour l’élection de Jean-Paul Ier et en octobre de la même année pour celle de Jean-Paul II.
Chaque cardinal les dépose sur un plateau et il est ensuite glissé dans une urne d’argent utilisée pour la première fois.
Un conduit de cuivre doublé à la base d’un autre conduit de cuivre conduit à un poêle électrique chargé de réchauffer l’air pour que la cheminée tire correctement.
D’autre part, invisible, un système de brouillage des téléphones portables a été mis au point par la gendarmerie du Vatican dans la chapelle.
La technique la plus rudimentaire et la plus sophistiquée côtoient ainsi des chefs d’œuvres : le conduit, soutenu par un échafaudage de tubes, passe par un vitrail de la Sixtine au-dessus de la fresque du Testament et de la mort de Moïse, peinte par Signorelli (Cf. Deutéronome 33, 34), puis dans la lunette, entre les ancêtres du Christ, Achim et Eliud, nommés par la Généalogie de saint Matthieu, et qui ont permis la venue du Rédempteur, et entre les papes S. Denis et S. Etienne Ier (les papes étant représentés dans les niches entre les fenêtres).
La Chapelle Sixtine a été érigée en 1470 par l’architecte Giovanni de Dolci pour le pape Sixte IV qui a donné son nom à la chapelle et dont les armoiries ornent les tentures en trompe l’œil de toute la chapelle.
Une visite de la Sixtine est possible durant le conclave, mais uniquement virtuelle, en ligne, et en italien sur le site du Vatican
Article original dans ZENIT ZF05041803