Glossaire des monnaies du Nouveau Testament

La fiscalité

La fiscalité à l’époque romaine est complexe, non uniformisée dans les différentes provinces de l’empire et encore mal connue actuellement.

On peut simplement en présenter les grandes lignes.

(latin) Tributum soli : impôt foncier de 12,5% prélevé sur toutes les terres situées en dehors de l’Italie

(latin) Tributum capitis ou capitatio : impôt personnel par excellence, sans doute perçu sur l’ensemble des biens fonciers d’une famille : le maître payait pour les femmes et les esclaves.

L’un et l’autre sont établis sur base de recensements périodiques (tous les douze ans en Syrie) et d’un cadastre des terres.

(latin) portoria : droits de douane (péages, octroi), généralement de 1 à 5% sur la valeur des marchandises, perçus à l’intérieur de l’empire, à l’entrée des cités ou sur les nœuds de communication

(latin) scriptura : taxes sur le bétail et sur les pâturages

D’autres taxes sur les marchés et sur les ventes, en particulier sur les ventes d’esclaves (4%), les amendes et les monopoles comme les droits de pêche.

La taxe d’un didrachme ou demi-shekel, primitivement destinée à l’entretien du Temple de Jérusalem, sera versée après l’échec de la révolte de 70 après Jésus-Christ à la nouvelle caisse du fiscus judaicus, destiné au culte de Jupiter Capitolin à Rome et étendue à toute la population juive dans son ensemble !

L’impôt sur les maisons de Jérusalem, taxe propre à cette ville et abolie par le roi Agrippa II (Flavius JOSEPHE, Antiquités juives, XIX, 299)

En conclusion, les impôts ne sont pas plus lourds en Judée qu’ailleurs. Toutefois différents facteurs contribuent à créer des déséquilibres sociaux qui conduisent à de violentes tensions entre riches et pauvres : la superposition de taxes provenant d’autorités différentes, la surpopulation, la concentration foncière, l’endettement, l’efficacité des recensements et le recours à des fermiers comme les publicains.

Les monnaies

Le système monétaire romain établi par Auguste

Nom

Symbole

Métal

Poids

Émetteur

Aureus

 

or

8 g (7,2 sous Néron)

empereur

Denier

X

argent à 95%

3,9 g (3,4 g sous Néron)

empereur

Sesterce

IIS

laiton (cuivre jaune)

25 à 27 g

sénat (sigle SC = Senatus Consulto)

Dupondius

 

laiton (cuivre jaune)

15 g (13 g sous Néron)

sénat (sigle SC)

As

I

cuivre rouge

10 à 11 g

sénat (sigle SC)

Semis

 

cuivre rouge

4,5 g

sénat (sigle SC)

Quadrans

 

cuivre rouge

3 g

sénat (sigle SC)

Le laiton (latin orichalcum) est un alliage composé de cuivre (75%), de zinc (20%) et d’étain (5%°

Une belle présentation des diverses pièces romaines émises sous le règne de Tibère peut se trouver en http://www.fredericweber.com/cotations-tibere.htm .

Voici un exemple d'un denier en argent frappé à l'effigie de Tibère.

Denier de Tibère

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tableau des équivalences des monnaies romaines

 

Aureus

Denier

Sesterce

As

Quadrans

Aureus

1

25

100

400

1600

Denier

1/25

1

4

16

64

Sesterce

1/100

¼

1

4

16

Dupondius

1/200

1/8

1/2

2

8

As

1/400

1/16

¼

1

4

Semis

1/800

1/32

1/8

1/2

2

Quadrans

1/1600

1/64

1/16

1/4

1

Toutes ces monnaies sont frappées à Rome et dans quelques ateliers orientaux qui dépendent de l’administration impériale. Elles portent des inscriptions uniquement en latin.

Les systèmes monétaires de type grec au début de l’empire romain

Nom

Étalon

Métal

Poids

Émetteur

Talent

 

aucun

aucun

 

Mine

 

aucun

aucun

 

Tétradrachme

(Statère)

 

argent

14,4 g

Autorités provinciales romaines et quelques cités importantes

Didrachme

 

argent

7 g

Autorités provinciales romaines et quelques cités importantes

Drachme

attique

rhodien

argent

3,6 g

3,1 g

Autorités provinciales romaines et quelques cités importantes

Obole

 

bronze (cuivre rouge)

 

Des centaines de petites cités, des gouverneurs de provinces, des rois et tétrarques hérodiens

Chalque

 

bronze (cuivre rouge)

6 g

Des centaines de petites cités, des gouverneurs de provinces, des rois et tétrarques hérodiens

Lepton (parfois considéré comme synonyme de chalque)

 

bronze (cuivre rouge)

2 g

Des centaines de petites cités, des gouverneurs de provinces, des rois et tétrarques hérodiens

Il existe trois étalons différents pour ces monnaies qui se différencient par le poids de la drachme :

  1. étalon attique lourd utilisé en Grèce (Athènes), Macédoine, Phénicie, Judée et sud de l’Asie mineure : drachme de 3,6 g
  2. étalon rhodien intermédiaire utilisé à Rhodes, dans l’ouest de l’Asie mineure (cistophores ou pièces de Pergame et d’Éphèse représentant le panier de Dionysos appelé ciste) et à Antioche : drachme de 3,1 g
  3. étalon égyptien léger utilisé à Alexandrie. L’Égypte connait un système monétaire fermé avec change obligatoire à l’entrée et à la sortie du pays.

Tableau des équivalences des monnaies de type grec

 

Talent

Mine

Statère

Didrachme

Drachme

Obole

Chalque

Lepton

Talent

1

60

1500

3000

6000

     

Mine

1/60

1

25

50

100

     

Statère

1/500

1/25

1

2

4

     

Didrachme

1/3000

1/50

1/2

1

2

     

Drachme

1/6000

1/100

1/4

1/2

1

6

48

336

Obole

   

1/24

1/12

1/6

1

8

56

Chalque

   

1/396

1/96

1/48

1/8

1

7

Lepton

       

1/336

1/56

1/7

1

Tableau des équivalences approximatives entre les systèmes romains et grecs

Grec

Equivaut à

Romain

1 drachme attique

mais change souvent imposé par l’état :

1 tétradrachme

 

1 denier

3 deniers

4 drachmes rhodiennes ou 1 cistophore

 

3 deniers

4 drachmes égyptiennes

mais change souvent imposé par l’état :

1 tétradrachme

 

1 denier

25 à 29 oboles

1 obole

 

1 Dupondius ou 2 as

1 chalque

 

1 semis

1 lepton

 

1/2 quadrans

Les monnaies provinciales dans l’Orient romain

Quelques remarques pour éclaircir cette manière très complexe et encore fort méconnue :

Monnaies de la révolte juive

 

 

 

 

 

 

La signification de ces pièces est ambigüe : d’une part, conformément à la loi mosaïque, elles ne portent aucune figure humaine, de l’autre elles représentent les symboles religieux du chef de la religion romaine, le pontifex maximus soit l’empereur lui-même.

Seules quelques cités (Athènes, Rhodes, Éphèse, Pergame, Antioche, Tyr, Alexandrie …) ont émis un monnayage à usage international et non strictement local.

Sicle de Tyr

Un cas particulier est représenté par la drachme et le didrachme émis par la ville de Tyr en Phénicie qui constituait le seul et obligatoire moyen de paiement pour la taxe versée au temple de Jérusalem.

La teneur élevée en argent – environ 93% – de ces pièces ainsi que leur contrôle constant les rendaient particulièrement appréciées durant leur émission de 126 avant Jésus-Christ à 57 après Jésus-Christ.

On les appelle communément " le sicle du sanctuaire " .

Elles présentent au droit l’effigie couronnée de laurier du dieu de la cité, Melquart, portant une peau de lion autour de la nuque et, au revers, un aigle se tenant sur la proue d’un navire, avec l’inscription " De Tyr, la sainte et inviolable "

 

Comme cette monnaie n’était que peu utilisée pour le commerce local, la présence de changeurs était inévitable dans l’enceinte du Temple. Ce sont sans doute les frais de change couramment pratiqués par eux et leur présence encombrante qui ont provoqué la colère de Jésus (en Mt 21,12-13, Mc 11,15-17 et Lc 19,45-46) plutôt que le commerce d’animaux proprement dit, nécessaire pour les sacrifices rituels.

Lepton

 

De plus, des centaines de petites cités, pour ne pas dire un millier, ont émis des pièces en bronze, en petite quantité et de manière discontinue, parfois en une seule occasion. Leur usage, strictement local, n’est pas principalement économique mais plutôt commémoratif d’un événement particulier. Ces émissions peuvent également servir la politique de la cité comme instrument de propagande vis-à-vis du pouvoir central ou des cités voisines rivales.

En Judée, l'ancre et une roue à rayon sont les motifs les plus représentés sur le lepton, la pièce de plus faible valeur

 

 

Dans presque tous les cas, le droit de la pièce représente l’empereur régnant, avec ses noms et titres transcrits en grec : Kaisar = César, Sebastos = Auguste, hypatos = consul. Par contre le choix du revers est laissé librement à la cité : héros fondateur, buste allégorique du peuple ou du sénat, la déesse Rome, des animaux, des plantes, des monuments. Les dates, quand elles sont mentionnées, suivent les ères locales et non le comput romain. La diversité des types représentés est incroyable et le catalogue moderne de David SEAR, Greek Imperial coins and their values, qui est loin d’être complet, décrit plus de six mille  pièces.

Que l’on songe aux dizaines de milliers de pèlerins, venant à Jérusalem de toutes les provinces de l’empire romain (voir une liste en Ac 2,9-11 ) et utilisant des monnaies de type, de poids et de langues différentes.

Prutah

 

Un autre exemple de prutah ou  lepton, lui aussi frappé en Judée.

 

Voir  Greek Imperial coins (en anglais)

pour les impériales grecques

 

 

Quelques termes

As
Grec assarion, d’après le latin as. Petite monnaie de cuivre, représentant le seizième du denier. Pour avoir une idée du coût de la vie, deux moineaux s’achetaient pour un as (Mt 10,29) et cinq pour deux as ( Lc 12,6).
Denier
Grec dênarion, d’après le latin denarius. Pièce romaine en argent d’environ quatre grammes qui correspond au salaire d’un ouvrier agricole pour une journée de travail (Mt 20,2). Elle est appelée monnaie du tribut en Mt 22,19 parce qu’elle était utilisée pour payer l’impôt au fisc impérial romain. La réponse fournie à Jésus par les pharisiens peut s’appliquer indifféremment à une pièce émise par Jules César, par Auguste ou par Tibère. Une explication différente a été proposée : voir ci-dessous à propos du lepton. En Mt 16,28, la somme de cent deniers sert à désigner une petite somme. Quelques indications de prix sont intéressantes pour connaître le coût de la vie : une livre (325 grammes) d’un parfum réputé comme le nard coûtait 300 derniers (Jn 12,5) alors qu’une somme de cent deniers était insuffisante pour acheter du pain qui nourrirait une grande foule (Jn 6,7). un chénice de blé ou 3 chénices d’orge coûtaient un denier (Ap 6,6) ce qui indique bien la valeur relative de ces deux céréales.
Didrachme
Grec didrachmon signifiant double drachme. Cette pièce d’argent représentait l’impôt annuel du au Temple par tout juif mâle âgé d’au moins vingt ans, en Palestine comme en diaspora. Cf. Ex 30,13-15 qui mentionne l’impôt d’un demi-sicle pour le Seigneur de poids équivalent à celui de l’époque du Christ. Il était perçu un peu partout par des agents du fisc juif, comme ceux de Capharnaüm cités en Mt 17,24 et devait être payé en monnaie d’argent de Tyr (étalon attique) qui était réputée.
Drachme
Grec drachmê. Monnaie grecque d’argent d’un poids de 3,5 grammes. Elle correspond à environ un denier romain ou à seize as de cuivre et est citée dans le passage de la femme recherchant une pièce perdue (Lc 15,8).
Lepte
Grec lepton, hébreu prutah. La plus petite pièce en circulation, valant ½ quadrans ou 1/8 d’as. C’est tout ce que possédait une veuve pauvre qui déposa deux leptes dans le tronc du trésor du Temple (Mc 12,42 et Lc 21,2). Nous dirions deux centimes. Ce terme de lepton est également mentionné en Mt 5,26 et Lc 12,59 pour désigner une somme infime. Ce sont des monnaies en bronze de ce type qui furent frappées par des rois juifs comme Alexandre Jamnée qui régna de 103 à 76 avant Jésus-Christ et Hérode Agrippa II ainsi que par Ponce Pilate durant son mandat en Judée. Or le texte occidental du Codex de Bèze formule ainsi la réponse de Jésus en Lc 20,24 : " Montre-moi la monnaie ; de qui a-t-elle (une) image et l’inscription ? ". Il demandait donc de qui cette monnaie portait une image, sans doute parce que les pharisiens lui avaient présenté une pièce portant, non pas le portrait de l’empereur comme sur un denier, mais un de ses symboles religieux (lituus ou simpulum) comme sur les pièces de Pilate. On comprend alors mieux comment les pharisiens peuvent tendre leur piège en utilisant une monnaie romaine, symbole de la puissance occupante, mais respectant les interdits religieux de non figuration humaine. D’ailleurs, dans l’interprétation habituelle du denier, les pharisiens auraient eux-mêmes transgressé la loi mosaïque et se seraient pris à leur propre piège.
Mine
Grec mnâ. Monnaie de compte qui vaut cent drachmes et qui n’existe pas sous forme de pièce. La parabole des mines en Lc 19,13-25 mentionne respectivement des sommes de dix mines (1000 drachmes), de cinq mines (500 drachmes) et d’une mine (100 drachmes).
Sesterce
Latin sestertius. Cette monnaie romaine n’est pas mentionnée dans le Nouveau Testament bien qu’elle soit la plus utilisée dans l’empire et la plus mentionnée dans la littérature latine. Les empereurs soignaient particulièrement leur portrait sur les sesterces, à des fins de propagande.
Sicle
Pièce d’argent (grec argurion) appelée également sicle (hébreu shekel) parce que son poids correspond plus ou moins à l’ancienne mesure de poids d’Israël (11 g) appelée également sicle. Elle équivaut à quatre drachmes ou à un tetradrachme. Pour sa trahison, Judas reçut trente sicles (Mt 16,15), sans doute dans la monnaie du Temple (sicle de Tyr), et cela conformément à la prophétie de Za 11,12. C’était la somme fixée par la Loi comme compensation pour la mort accidentelle d’un esclave ou d’un serviteur (Ex 21,32).
Statère
 Grec statêr. Monnaie grecque d’argent qui correspond à quatre drachmes (tétradrachme) ou à un sicle juif. En Mt 17,24-27 elle sert à payer le tribut au Temple pour Jésus et pour Simon Pierre.
Talent
 Grec talanton. Monnaie de compte qui vaut soixante mines ou 6000 drachmes et qui n’existe pas sous forme de pièce. La somme de 10 000 talents (ou soixante millions de drachmes) mentionnée en Mt 18,24 désigne une somme gigantesque et irréaliste pour la dette d’un esclave puisque, selon Flavius JOSEPHE, Hérode tirait un revenu de 1000 talents seulement de son royaume. Par contre les sommes de respectivement cinq, deux et un talent, remises par un maître à ses serviteurs en Mt 25,15-28 restent vraisemblables.
Auteur : Fernand LEMOINE 

©  EBIOR, 03/06/2007

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