Les origines païennes supposées de la date du 25 décembre pour la fête de Noël

Un peu partout s'est répandu l'idée d'une origine païenne de la fête de Noël, christianisée par la suite. Cette conception, est présentée habituellement comme une certitude alors qu'il ne s'agit que d'une hypothèse émise au 18ème siècle (JABLONSKI) et provenant de l'histoire des religions (USENER). Elle se heurte cependant à de nombreuses objections et à une hypothèse concurrente, qui ne sont pas citées en général.

Rappelons les différents éléments de ce dossier fort complexe :

"Le 25ème jour du 9ème mois (l'année commençait en Nisan = avril), l'autel fut inauguré au chant des hymnes... C'était juste l'anniversaire du jour où les païens l'avaient profané... Judas Maccabée décida avec ses frères et la communauté d'Israël que cet anniversaire serait célébré chaque année (1Ma 4, 52.59).

C'est également une fête de la lumière car selon la tradition talmudique (traité Chab 21b ), la lampe du sanctuaire brula miraculeusement huit jours sans ajout d'huile alors que la réserve n'était suffisante que pour un jour. Aussi , durant une semaine entière, chaque jour, on allume une lumière d'un chandelier à 8 branches appelé pour cela « hanoukkia », une lampe le premier jour, deux lampes le deuxième jour et ainsi de suite. La huitième lampe s'appelle la lumière du "Messie attendu" et une neuvième lampe, appelée "la servante fidèle" se présente en général sur le côté. La mère de famille peut l'utiliser avant le coucher du soleil pour allumer les autres et éviter ainsi des actions inutiles.

 

Evidemment, pour les juifs, le soleil et la lune ne sont que deux luminaires créés par Dieu pour éclairer le monde.

  • Ce symbolisme de la lumière est également présent dans le Nouveau Testament : Jésus n'est-il pas présenté comme "la Lumière pour éclairer les nations" par le vieillard Siméon (Lc 2,32) et comme  "la Lumière qui luit dans les ténèbres" en Jn 1,15. De plus, la liturgie chrétienne se réfère à la vie de personnages historiques comme Jean-Baptiste et Jésus et non à des célébrations mythologiques païennes.
    1. 25 mars (équinoxe de printemps) : Annonciation du Seigneur (conception et Incarnation)
    2. 24 juin (solstice d'été) : Naissance de Jean le Précurseur
    3. ------- (équinoxe d'automne) : Conception de Jean le Précurseur
    4. 25 décembre (solstice d'hiver) : Naissance du Seigneur

  • La naissance de Mithra, dieu solaire iranien, était célébrée  par le sacrifice d'un taureau. Mais il s'agit d'un culte initiatique, comprenant sept niveaux,  réservé à une petite élite exclusivement masculine qui se célébrait dans de nombreux sanctuaires fort exigus en forme de grottes, naturelles ou artificielles. La visibilité et la renommée de la religion mithraïque sont donc pour ces raisons moins importantes que ne l'affirment certaines théories qui en fort, à tort, LE concurrent immédiat du christianisme.
  • En 274, un an avant sa mort, l'empereur romain Aurélien (270-275) fit du Soleil Invaincu (Sol Invictus) d'Émèse en Syrie, le seul protecteur divin de l'empire au point de s'identifier à lui. Il fixa la fête de Sol Invictus au 25 décembre, par référence à la date du solstice d'hiver, au culte de Mithra ou aux deux et la rendit obligatoire pour tous ses sujets, avec obligation de sacrifier à l'empereur. C'est la première association connue, fort tardive, entre la fête de Mithra et la date du 25 décembre. Les contrevenants encouraient des sanctions graves, spécialement les chrétiens.
  • Mais des études récentes (Steven HIJMANS dans la Revue de la société canadienne des études classiques, Series III, vol 3,2003) montrent que l'importance de ce culte, qui fut également celui de l'empereur Constantin avant sa conversion au christianisme, a été exagérée. Remarquons en effet que le successeur d'Aurélien, l'empereur Dioclétien qui régna vingt ans de 284 jusqu'à 305, année de son abdication, revint à la religion romaine traditionnelle en soutenant le culte de Jupiter et en rejetant violemment tous les cultes orientaux (christianisme, Mithra et Sol Invictus).
  • Enfin, la première mention du 25 décembre comme date de naissance du Christ figure dans un calendrier liturgique romain, daté de 354 et mentionnant des listes de jours de fête ainsi que des listes de martyr. La mention suivante, datée elle de 336, s'y trouve en première place : "VIII kal. Ian (= 8 jours avant les calendes de janvier) natus Christus in Bethleem Iudee". Ce document exceptionnel, perdu au XVIIème siècle mais dont nous possédons des copies, a été appelé philocalien en hommage à un artiste grec du nom de Philocalus, inventeur de caractères de grande qualité.
  • La "théologie solaire" qui ramène tous les dieux païens à une divinité unique, le Soleil, est d'origine récente. Elle apparaît timidement en effet au IIIème siècle avec l'empereur Héliogabale (218-222) qui introduisit le culte du dieu solaire d'Emèse, dont il était le grand prêtre et dont il prit le nom. Impopulaire à cause de ses excès, il fut assassiné avec sa mère. Avec le soutien temporaire d'Aurélien et de Constantin comme vu ci-dessus, elle se développe pendant le IVème siècle avec la constitution d'un clergé (pontifices soli) et s'exprime pleinement avec Macrobe, écrivain latin païen contemporain de saint Augustin qui fut proconsul d'Afrique en 410 et grand chambellan du palais en 422 ! Dans l'œuvre de ce dernier, les Saturnales, tous les dieux se rapportent au soleil, aussi bien les dieux gréco-romains comme Apollon (ch 17), Mars et Mercure (ch 19), Saturne (ch 22) et Jupiter (ch 23) que les dieux orientaux comme Isis et Serapis (ch 20) ou Adonis, Attis, Osiris ou Horus (ch 21).
  • On pourrait donc légitimement affirmer que cette théologie solaire, loin d'être ancienne comme l'affirme la thèse habituelle, a été élaborée principalement pour contrer l'essor du christianisme. L'influence a  pu joué dans l'autre sens.

    La thèse traditionnelle

    Celle-ci veut que l'empereur Constantin (301-337), ancien adepte du culte solaire - il s'était fait construire à Constantinople une statue le représentant sous les traits du soleil - aurait christianisé, après sa conversion, la fête de Sol Invictus en faisant coïncider la date de la naissance du Christ avec celle de la célébration païenne soit le 25 décembre.

    Mais plusieurs objections s'opposent à cette interprétation :

    Conclusion

    Je ne peux que renvoyer à l'excellent article de Dominique COLLIN, Origine et sens de la fête de Noël, publié sur Predication.org, le site belge des Pères Dominicains qui, au-delà de l'aspect historique de la question, met en évidence la signification sacramentelle de cette fête.

    Cet article présente également une autre hypothèse, interne au christianisme et intitulée l'hypothèse du comput, créée par Louis DUCHESNE à la fin du 19ème siècle et défendue récemment par Thomas TALLEY dans Les origines de l'année liturgique, Éditions du Cerf, 1990.

    Selon cette théorie, d'après la symbolique des nombres en usage dans l'antiquité chrétienne, Jésus ne pouvait mourir que le jour de sa conception. Or comme le vendredi 25 mars était le jour traditionnel de la Passion, la date de sa naissance aurait été fixée neuf mois plus tard, soit le 25 décembre.

    Auteurs : Fernand LEMOINE  

    Dernière mise à jour : 20 déc. 2007

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